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L’ÉGLISE ET LA RES PUBLICA : DU « JE T’AIME… MOI NON PLUS »?

In Blogroll on 27/06/2010 at 14:00

Prof. Joseph Yav Katshung

Eglise 

Liminaires  

En République Démocratique du Congo (RDC), comme partout ailleurs, plusieurs agents interagissent  dans la gestion de la Res Publica  qui signifie au propre « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État. Cela est d’autant vrai car, la quête d’appréhender le degré d’implication des différents acteurs dans la Res Publica remonte à plusieurs siècles déjà. Il suffit pour s’en convaincre de lire « La république (Politeia) » de Platon, « Le politique (Politike) » d’Aristote et « De la république (De re publica) » de Ciceron, qui traitent tous des formes de gouvernement. Ce n’est donc pas un hasard qu’a l’heure ou sonne le gong du jubilé de l’indépendance de la RDC, que nous puissions  cogiter sur le rôle ou l’implication directe ou indirecte de l’église dans la gestion de la chose publique et tirer les leçons pour l’avenir. Pour tout dire, quel rôle l’église a-t-elle ou doit-elle encore jouer au regard du principe de la laïcité que prônent bon nombre de constituions de la RDC, y compris celle qui est en vigueur ?

En effet, la laïcité est l’union de trois principes : la liberté de conscience, l’égalité de traitement de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions spirituelles, et l’idée selon laquelle la loi commune ne doit viser que l’intérêt commun. A l’image d’autres pays, la RDC est régie par des textes au nombre desquels la Constitution. Il ressort du préambule de la Constitution du 18 février 2006 que  le peuple congolais est  « conscient de ses responsabilités devant Dieu… » et à son article 1er que « la RDC… est un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc.[1] Cette disposition constitutionnelle détermine la liberté d’opérer le choix de son appartenance religieuse.

La séparation de l’Etat et des églises en RDC: un challenge

Un exemple de laïcité : la désacralisation du mariage

Sous l’empire du décret du 5 juillet 1948, les époux qui avaient contracté un mariage exclusivement religieux  pouvaient le faire reconnaître aux yeux du Congolais en remplissant les formalités requises pour l’octroi du statut légal au mariage religieux. Depuis 1987, le code de la famille en son article 330 met un accent sur le caractère civil du mariage. Désormais, tout mariage purement religieux conclu ne sortira aucun effet au regard du droit congolais. Cette solution a été prise en considération du principe de la séparation de l’Etat et des églises ; la   RDC étant un Etat laïc, il a fallu dissocier les règles concernant le mariage et les règles édictées  en la matière par les sectes religieuses. Malheureusement, dans la pratique certaines églises continuent à célébrer les mariages exclusivement religieux. Pire encore, depuis quelques années, le phénomène de la prolifération des sectes a pris corps dans la société congolaise, entraînant des conséquences multiples. Des foyers conjugaux se sont disloqués à cause des révélations de certains hommes d’église. Les adeptes sont escroqués et l’autorité divine est souvent utilisée pour des fins économiques ou politiques. Les églises jouent un rôle déterminant dans la politique de la RDC.

Un exemple d’implication de l’église dans la politique de la RDC

Depuis la fin officielle de la guerre en  RDC et la constitution d’un gouvernement de transition en 2003, l’église a semblé indiquer aux politiques, la voie à emprunter pour le redressement éthique de la politique. Des organisations comme  la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et le Conseil œcuménique des Églises (COE) ont eu à jouer un rôle déterminant dans la gestion politique de la RDC. Elles affirmaient inscrire leur combat dans la cohérence de leur magistère moral et politique en tant qu’institutions ayant des responsabilités sociales et spirituelles en RDC. Elles se réclamaient interlocutrices, sinon partenaires indispensables face au pouvoir politique. Elles affirmaient respecter le principe de la séparation du temporel et du spirituel, et surtout de la laïcité de l’État, tout en restant un acteur important de la vie publique. De ce fait, elles entendaient suppléer aux carences et limitations de l’État sur le plan social, éducatif et économique. Comme on peut bien s’en rendre compte, ceci témoigne de l’implication de l’église dans l’action politique et publique en RDC. En conséquence, plusieurs institutions de la transition furent dirigées soit directement  ou indirectement par les tenants des églises ou leurs préposés (Commission Electorale Indépendante ; Sénat ; Commission Vérité et Réconciliation, etc).

L’avenir de la laïcité en RDC

Comme épinglé précédemment, la Constitution, qui est passée  au referendum le 18 décembre 2005 et promulguée le 18 février 2006, proclame la laïcité de la RDC. Mais malheureusement, cette constitution semble prôner une chose et son contraire a la fois et paraît curieusement antagonique quant aux valeurs et/ou principes qu’il entend incarner. En effet, le préambule et l’article 74 de Constitution de la RDC font explicitement référence à « Dieu ». D’un côté, « Conscients de nos responsabilités devant Dieu, la Nation, l’Afrique et le Monde » (avant dernière ligne du préambule) ; de l’autre, il est demandé à tout Congolais élu Président de la République de jurer « …solennellement devant Dieu et la Nation » (article 74, alinéa 2). Corrélativement, cette même Constitution stipule que : « La RDC est (…) un Etat de droit, (…), démocratique et laïc » (article 1er) et que : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Toute personne a le droit de manifester sa religion ou ses convictions, (…), sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui  » (article 22, alinéa 1et 2).

A la lecture de ces différentes dispositions constitutionnelles de la RDC, l’on constate un mariage forcé de la noble idée de construire la République autour du concept de laïcité avec l’obligation faite à tout futur Président de la République de s’engager solennellement devant Dieu. Imposer « Dieu » à tout Congolais ne peut que laisser perplexe. Une telle démarche porte atteinte à la liberté ou droit fondamental de toute personne de croire ou de ne pas croire. Quand bien même l’on puisse concéder que la population congolaise est majoritairement pieuse, il est une vérité incontestable que les Congolais ne sont pas tous des croyants ; parmi eux, on trouve également des non-croyants, des agnostiques, des athées, etc. Ce qui, du point de vue de la laïcité, est discriminatoire.

L’institution d’un régime constitutionnel laïque devait ipso facto impliquer que la religion ou la croyance cesse d’être un outil de l’administration. La proclamation du principe de laïcité devait en principe opérer une distinction nette entre la politique et les croyances religieuses, afin de rendre effectives les libertés de pensée, de conscience et de religion garanties par le projet constitutionnel.

 

Conclusion :  Laïcité déclarée contre celle vécue

La Laïcité en RDC paraît plus théorique que pratique, car bien que déclarée dans les textes légaux, elle ne transparaît pas dans le quotidien congolais au risque d’être  tenté de dire que les Congolais n’ont pas la culture de Laïcité. Cela se lit facilement dans bon nombre de slogans politiques : la RDC est un pays laïc, il n’y a pas de religion d’Etat. Cette situation est corroborée par les ambiguïtés de la Constitution qui choquent plus d’un observateur. Voilà l’évolution en dents de scie de  la laïcité en RDC et ne peut que laisser l’église sans voix et  sans une vraie voie à suivre.  

 

 

 


[1] Cela se retrouve même dans la Constitution de la Transition promulguée le 4 avril 2003 sur base du projet de Constitution de la Transition souscrit à Pretoria par toutes les parties le 6 mars 2003.  

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