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L’ACCÈS À L’EAU SALUBRE EN RD.CONGO : QUEL BILAN, 50 ANS APRÈS « INDEPENDANCE CHA CHA »?

In Blogroll on 27/06/2010 at 13:11

 

Prof. Joseph Yav Katshung

 

 

I. Liminaires : Faisons le constat!

L’eau est une substance liquide des plus répandues sur la terre. Plus de 70 % de la surface du globe est recouverte d’eau. Nous avions tous appris en maternelle et/ou à l’école primaire que l’eau est un liquide incolore, inodore et insipide. Ainsi, l’eau est très importante, quand il n’y en a pas, c’est un problème et quand elle est sale aussi.

L’accès à l’eau est un droit que doit garantir tout État à ses citoyens. L’eau est indispensable à la vie, dit-on ; ou mieux, Sans eau, il n’y aurait pas de vie ! Malgré son importance et son caractère souvent sacré, l’eau continue dans plusieurs coins et recoins du monde à être rare et souillée, dans les villes comme dans les milieux ruraux. C’est pourquoi l’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa résolution proclamant la période 2005-2015 Décennie internationale d’action sur le thème « L’eau, source de vie », a préconisé une action concertée afin de diminuer de moitié, d’ici à 2015, le nombre de ceux qui n’ont pas accès à l’eau salubre ou à l’assainissement de base. Dans cette perspective, la Constitution de la République Démocratique du Congo (RDC) affirme à l’article 48 que : « le droit d’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique sont garantis ».

Dans cette perspective, voulant se rapprocher le plus possible d’un des volets des Objectifs du millénaire pour le développement, particulièrement celui se rapportant à l’accès à un grand nombre de la population à l’eau potable, le gouvernement de la RDC, au travers les ministères du Portefeuille et de l’Energie, a responsabilisé la Régie de distribution d’eau de la RDC (REGIDESO) pour réussir ce pari. Bien plus, c’est donc en toute logique que le volet « eau et électricité » se retrouve parmi les grands axes de « cinq chantiers » de la République énoncés par le Président Joseph Kabila, lors de son discours d’investiture le 6 décembre 2006. Mais une question mérite d’être posé : Est-ce que la réalité sur terrain est-elle conforme aux dires ou déclarations ? 50 ans après, pouvons-nous dire que les choses sont mieux qu’avant l’indépendance?

Non, car l’on assiste dans nos villes, cités et villages à une situation très alarmante : carence, démographie galopante, mésusages croissants et intensifs, pollution mettent aujourd’hui gravement en péril les ressources en eau. En dépit d’énormes potentialités énergétiques dont regorge la RDC, une bonne frange de sa population n’a pas accès à l’eau potable, surtout à l’intérieur du pays. Seule, une petite fraction de la population a accès à l’eau potable alors que la desserte en eau et en électricité constitue en elle-même un des indices du développement d’une nation. Il est donc temps que le gouvernement s’en préoccupe au plus haut point, d’autant plus que le pays sera jugé sur des efforts qu’il déploiera dans ce secteur vital dans le cadre des objectifs du Millénaire.

2. Le Silence des robinets en RDC ou Quand l’eau ne coule pas !  

La population congolaise même au seul niveau des grandes villes comme Kinshasa, Kisangani voire Lubumbashi n’a pas suffisamment accès à l’eau potable. Les ménagères souffrent. L’eau ne coule des robinets que dans des heures indues de 2 à 4 heures du matin. Cela mettant en danger les femmes et filles qui cherchent à puiser l’eau à ces heures-là. Les habitants de la RDC -de la ville au village- en majeure partie, doivent parcourir des distances importantes pour aller chercher de l’eau salubre ou de l’eau (tout simplement) et près de la moitié de la population ne dispose pas d’un assainissement de base. Ceci a pour conséquence directe la mort quotidienne des enfants suite aux maladies d’origine hydrique et/ou diarrhéiques.

L’on déplore de plus en plus en RDC, des cas des décès causés par le « silence des robinets ». C’est-à-dire, l’eau ne coule plus dans plusieurs quartiers, communes, villes du pays pendant des longs mois voire années. Comme si cela ne suffisait pas, certains abonnés continuent de recevoir des factures de consommation d’eau sans la consommer. Les chançards, il en existe, sont desservis tard dans la nuit (vers minuit) ou carrément très tôt matin (vers deux heures du matin). Il faut donc faire le guet à chaque instant pour s’approvisionner en cette denrée rare dans un pays qui dispose en effet, d’abondantes réserves : la pluviosité est importante à travers l’ensemble du territoire (plus de 1 200 mm par an en moyenne), le réseau hydrographique est l’un des plus développés au monde, la recharge annuelle des nappes représente des volumes d’eau sans commune mesure avec les besoins. Pourtant, seule une minorité a accès à une source d’eau propre (souvent éloignée).

Sans douche et sans eau potable voire sans toilette, les populations se débrouillent comme ils le peuvent. Tenez, il suffit de se lever tôt le matin pour découvrir le calvaire des habitants de la ville de Lubumbashi, toute classe confondue. Des fils des bidons jaunes ou jaunis par le temps et par les conditions de conservation défilent dans nos rues et avenues de Lubumbashi et d’ailleurs, en quête de cette denrée rare : l’eau ou si l’on a de la chance, l’eau « potable ». Tous sont présents et au rendez-vous : enfants, adultes, vieillards, filles, garçons, femmes, hommes, etc.

Si l’argent le permet, des puits sont installés par les particuliers, certains organismes et autres quémandeurs de voix –les opérateurs politiques- sans respecter les conditions de forage de ces puits. Alors que cette eau doit provenir des nappes phréatiques et subir des analyses par les services compétents, le forage de la plupart  de puits de la province du Katanga particulièrement, ne suivent pas les exigences jusqu’à devenir carrément des réservoirs des maladies. Sont nombreux qui meurent en silence en buvant l’eau de certains puits offerts par X ou Y.

Aussi, bien que les eaux souterraines constituent une provision d’eau potable inestimable pour l’humanité, elles peuvent être contaminées par la pollution et causer des dégâts. N’aura pas donc tort, l’observateur qui s’écriera face a cette situation : Quand le silence des robinets tue !

3. Qualité et Contrôle Sanitaire de l’Eau en RDC :  « Quand l’eau nuit à la vie » alors qu’elle en est  la source, dit-on ! 

 

Comme nous l’avons relevé supra, il semble qu’en RDC, l’eau destinée à la population n’est ni incolore, ni inodore, ni insipide suivant la définition apprise à l’école primaire. Incolore veut dire sans couleur, inodore veut dire sans odeur et insipide veut dire sans goût. Dans ces conditions, elle peut être dangereuse à la consommation et il est impérieux d’initier ou de renforcer des contrôles de potabilité afin d’éviter les graves conséquences sur la santé publique. Peut-on boire en RDC, l’eau du robinet en toute tranquillité ? Doit-on ou non éviter de boire de l’eau du robinet ? Ces questions reviennent chaque fois à l’esprit des consommateurs congolais et étrangers. Il est certes vrai que depuis plusieurs années, nous pensons que l’eau du robinet est excellente pour la santé. Beaucoup de médias relayent cette information. Nous aimerions que ce soit le cas… C’est tellement plus pratique, et moins coûteux !

Mais, depuis un certain temps, il semble que cela n’est plus le cas. La confiance aveugle a laissé place au doute suite aux cas de pollution, intoxication, etc… Dans ces conditions, boire de l’eau du robinet peut être un geste dangereux. Les problèmes de contamination se multiplient en RDC. Dans de nombreux cas, la contamination n’est reconnue qu’après l’exposition des utilisateurs à des risques éventuels pour la santé. Les sociétés et entreprises minières et brassicoles sont souvent mises en cause dans les cas de pollution de l’eau en RDC et particulièrement dans la province du Katanga sans que ces affaires ne fassent mouche. L’impact écologique des activités minières est de plus en plus évident. Les polluants se rendent jusqu’à la nappe phréatique. Les grandes quantités de produits chimiques déversés dans les mines se retrouvent dans les nappes phréatiques. Ces dernières s’en trouvent contaminées. Les cours d’eau sont pollués par les déchets chimiques.

 

3.1. De la nécessité de renforcer le contrôle sanitaire de l’eau en RDC.

 

En effet, pour la réalisation du chantier « accès à l’eau potable » en RDC et atteindre le 7ème Objectif de développement pour le Millénaire, il sied de mettre l’accent sur le contrôle sanitaire de l’eau afin de parer à toute éventualité.

L’eau constitue avec l’électricité, des nécessités aussi bien pour la vie humaine que pour la vie économique. En effet, l’accès à l’eau potable et à l’électricité participe à l’amélioration des conditions de vie des populations ; il figure parmi les critères servant à mesurer le niveau de développement humain d’une communauté. Pour ce faire, le Président Kabila à travers les 5 chantiers, entend encourager l’accroissement de la production énergétique nationale ainsi que la desserte en eau et en électricité sur l’ensemble du territoire national, mais aussi l’extension des champs de production des hydrocarbures dans le bassin côtier, la cuvette centrale et le Graben. 

Cette ambition exprimée à travers le chantier “eau” rencontre le 7ème objectif de développement pour le Millénaire qui est de réduire de moitié la proportion de personnes sans accès à l’eau potable. Cet objectif est particulièrement  important dans la mesure où il influence la réalisation d’autres objectifs, en particulier ceux qui portent sur la santé. La RDC  parviendra-t-elle à atteindre cet Objectif? Pour le faire, la part de la population ayant accès à l’eau potable devrait passer à plus de 75%. Malheureusement, le pays en est loin. Face à ce tableau quasi sombre que présente le pays dans la desserte en eau potable, il semble être difficile pour la RDC d’atteindre cet objectif.

 

Renverser cette tendance implique de mettre sans attendre les bouchées doubles. L’engagement pour l’eau potable et l’assainissement réclame les forces unies des acteurs de la société civile, du secteur public et du secteur privé. Si nous ne remplissons pas le contrat fixé par l’Objectif du Millénaire numéro 7, nous manquerons aussi la cible des objectifs liés à la santé, l’éducation, l’environnement et la pauvreté.

C’est pourquoi il est temps que nombre de projets des gouvernements locaux, de communautés, d’ONGs aient pour buts l’extension de l’accès à l’eau potable en quantité et qualité suffisantes et la garantie d’un assainissement et d’une gestion des déchets adéquats. Dans la réussite de ces objectifs, l’amélioration de la durabilité des services existants joue déjà un rôle très important. Un entretien insuffisant et une gestion défaillante des systèmes de distribution d’eau et des installations d’assainissement provoquent beaucoup de gaspillage et une pollution accrue du milieu. Pénurie d’eau et accès réduit et inéquitable entraînent à leur tour des problèmes de santé publique et des conflits.

 

3.2. L’eau potable et saine, une responsabilité partagée !

Une eau potable saine est la responsabilité de chacun. La gestion appropriée des approvisionnements en eau potable, de la source d’eau au robinet du consommateur, exige beaucoup de connaissances et de coordination de la part des divers intervenants – qu’il s’agisse des gouvernements, des entreprises et des populations concernées.

La meilleure façon d’assurer la propreté, la salubrité et la fiabilité des approvisionnements en eau potable consiste à suivre une méthode de gestion des risques axée sur la prévention. Il sied que la gestion  des approvisionnements en eau potable soit fondée sur une gestion des risques basée sur la prévention, dans le cadre de laquelle tous ces dangers connus ou possibles sont identifiés afin d’assurer la mise en place de barrières pour réduire ou éliminer le risque de contamination. C’est ce que l’on appelle ‘l’approche à barrières multiples’ qui doit être recommandée en RDC.

Les autorités en place doivent avoir des points de repère pour la qualité de l’eau, lesquels doivent être présentés sous la forme des recommandations pour la qualité de l’eau potable par une commission spécialisée et publiées par le Ministère de la Santé au niveau provincial et/ou national. Grâce à ces recommandations, l’eau potable peut être analysée à divers points de son parcours pour vérifier si elle peut être bue sans danger. Ainsi, toute gestion ou toute politique d’accès à l’eau en RDC doit viser à assurer l’utilisation de l’eau la plus efficace et la plus durable possible, la protection des ressources de toute pollution et la reconnaissance du droit à l’eau pour tous les êtres humains. Il inclut la planification et le management des fournitures en eau potable, l’accès aux services d’assainissement et une provision d’eau suffisante pour la production.

C’est à ces conditions, que la population sera mise à l’abri et réellement, l’eau sera une source de vie et non de mort, 50 ans après l’indépendance ‘Cha Cha ‘ 

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